«  L’insécurité urbaine n’épargne plus même les couches les plus démunies. Désormais, les sites des déplacés se font également visiter par des bandits armés au lendemain de la distribution d’une assistance du PAM en faveurs de ces vulnérables. Ces filous n’exigent que cette dernière assistance, ce que condamne Patient BABILOMBE, leur porte-parole qui se demande encore ce qu’ils avaient fait pour mériter ce sort. »

La Cloche Rdc : La situation sécuritaire devient de plus en plus fragile aussi en ville de Béni, comment se sentent alors les déplacés ?

Patient BABILOMBE : Lorsqu’on nous a dit qu’un couvre-feu a été instauré à Beni, nous étions contents. Même l’avènement de l’État de siège était salutaire pour nous mais hélas, c’est la désolation. Notre confiance tourne vers un regret total. Les bandits armés se multiplient à Beni. Ils visitent des familles d’accueil des déplacés et même les sites des déplacés ne sont plus épargnés. Et pourtant, si ces déplacés sont cantonnés dans un site, c’est parce qu’ils manquent des familles d’accueil et lorsque les bandits assiègent aussi leurs sites, c’est désolant ! Le site de l’Institut Alpha en commune MULEKERA en a été victime la nuit dernière. Les bandits exigent aux déplacés la fameuse assistance reçue du PAM. Quelle triste histoire ! Nous craignons que ces filous visitent également d’autres sites à Beni dans les prochaines heures.

La Cloche Rdc : Pensez-vous que l’assistance du PAM attire la convoitise de ces inciviques ?

Patient BABILOMBE : Peut-être et pourtant ce ne sont pas tous les déplacés qui ont été assistés. Même dans des sites de cantonnement, il y a des déplacés qui n’ont pas bénéficiés de cette assistance, ce qui est tout à fait regrettable. C’est inadmissible qu’un déplacés hébergé au site ne bénéficie pas de cette assistance pourtant destinée aux déplacés. Et nous apprenons que la faute reviendrait aux enquêteurs. Toutefois, ce dont nous avons plus besoin, c’est la paix enfin que chacun rentre dans son village et reprendre son quotidien que de survivre par des assistances ou dons.

La Cloche Rdc : Mais à part le PAM, il y a aussi des églises qui vous assistent régulièrement !

Patient BABILOMBE : Une assistance sélective. Des églises qui n’assistent que leurs fidèles au site en isolant d’autres vulnérables qui pourtant ont besoin d’assistance. Nous voulons d’ailleurs profiter de l’occasion pour appeler tous ceux qui veulent visiter nos sites à plus de prudence. Des attitudes pareilles exposent même les bienfaiteurs à la colère de non bénéficiaires de leurs assistances. Nous ne voulons pas apprendre qu’un bienfaiteur a été lapidé dans un site un jour. Au besoin, ils feraient mieux de se faire chaque fois accompagner du bureau du comité des déplacés avant même de pénétrer les différents sites. Et d’ailleurs Dieu n’a jamais été sélectif à ce que je sache.

La Cloche Rdc : Et pendant ce temps, le premier ministre était récemment en tournée humanitaire à l’Est du pays !

Patient BABILOMBE : C’est avec larmes aux yeux que nous avons appris le passage du chef du gouvernement à Beni. A Butembo, il a assisté les déplacés comme à Oicha mais sauf à Beni ville. Nous nous demandons ce que nous avons fait à notre gouvernement pour être ainsi écartés. Et si nous avions péché, je demande pardon au nom de tous les déplacés vivant à Beni ville. Peu importe que nous ayons été assistés par le PAM mais l’assistance du gouvernement nous soulagerait davantage comme il représente notre père qui a le devoir de nous assister avant d’autres humanitaires. C’est par chance que les ONG nous assistent alors que la mission revient au gouvernement. Et lorsqu’un premier ministre et chef du gouvernement ignore qu’il y a aussi des déplacés à Beni, c’est ridicule et révoltant. Nous avons fait de notre mieux pour le rencontrer mais sans succès. Je prends en témoin la mairie de Béni ainsi que nos élus. Et aujourd’hui, on apprend qu’il est parti sans même recevoir notre mémorandum. Et même nos élus qui séjournent encore dans la région ne veulent pas nous recevoir au nom des agendas surchargés. Quelle humiliation ? Et pourtant, personne n’a voulue être déplacé aujourd’hui.

La Cloche Rdc : Et comment vivent alors actuellement ces déplacés ?

Patient BABILOMBE : Très difficilement ! Chaque jour nous recevons des nouvelles vagues qui viennent des villages attaqués par l’ennemi. Les effectifs augmentent à chaque seconde qui passe. Nous avons récemment dénombré plus de 15 milles ménages des déplacés à Beni ville et d’autres ne cessent toujours d’arriver. Sans assurance sanitaire et avec une alimentation difficile, c’est vraiment pénible ce que ces déplacés traversent. Nous demandons aux bonnes volontés de ne pas toujours les oubliés.

La Cloche Rdc : Mais les forces armées ont conquis plusieurs villages depuis l’avènement de l’État de siège, qu’attendez-vous pour retourner ?

Patient BABILOMBE : Ce n’est pas pour la première fois qu’elles l’annoncent. Chaque fois que nous voulons retourner dans ces villages conquis, nous sommes toujours victimes des attaqués de l’ennemi. Voilà pourquoi nous hésitons encore à rentrer, nous voulons apprendre que l’ennemi a été neutralisé et non repoussé parce qu’il revient souvent une fois repoussé. Nous voulons apprendre que l’ennemi n’existe plus. Nous voulons vraiment rentrer dans nos villages parce que nous souffrons en ville de Béni où nous vivons sans emploi après avoir abandonné nos champs. Mais nous voulons avant tout des bonnes garanties sécuritaires cette fois ci.

Milan KAYENGA et Venache NDALIKO, depuis Beni

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