« A la veille de la levée de cette mesure exceptionnelle, La Cloche RDC est tombée sur un extrait de la version actualisée du rapport Yotama qui étale ouvertement quelques raisons de l’échec de ce régime militaire instauré à l’EST du pays. »

La première raison de cet échec, en à croire ce rapport, est le déficit de planification. Les autorités militaires étaient moins préparées à ce qui les attendaient sur terrain  qu’après  leur nominations elles ont été  déployées presqu’un mois après la promulgation de l’ordonnance instaurant ce régime militaire. Ensuite vient la superposition de commandements. En effet, L’état de siège a fragilisé les opérations militaires en cours à l’Est de la RDC à cause de la superposition de commandements. Le commandement des opérations militaires a été confié au gouverneur militaire alors que les unités combattantes sur terrain dépendaient directement du pouvoir du commandant secteur dont le pouvoir s’est effrité avec l’état de siège. A cela s’ajoute 3 autres pôles de commandements dont la troisième zone de défense chargée du commandement opérationnel des unités sur terrain, la 32e et 34e région militaire respectivement déployée au Nord Kivu et en Ituri chargée d’assurer la mise en condition des unités placées sous sa responsabilité et la garde républicaine chargée d’assurer la protection du chef de l’état ainsi que ses hôtes de marque ainsi que celles des installations et escortes présidentielles. En outre, le rôle des maires et administrateurs militaires n’est pas clairement défini, l’ordonnance les nommant étant presque muette à ce sujet. Ainsi, avec l’état de siège, le commandement parallèle se sont multipliés sur terrain. Il y a également l’absence de renseignements exacts sur l’ennemi. Lorsque les opérations militaires ont été intensifiées à Beni, le présumé Adf s’est déversé en Irumu en Ituri voisin. Les interventions des militaires déployés dans cette région ont occasionnées la fragmentation de ce mouvement et c’est ainsi que certains résidus se sont retrouvés en territoire voisin de MAMBASA causant terreur et désolation à leur passage. La place marginale du programme de désarmement est aussi une autre raison de l’échec de ce régime spécial. En planifiant l’état de siège, le gouvernement a oublié qu’une pression militaire devrait être accompagnée des moyens des désarmements de gré ou de force de certains miliciens. Il a fallu attendre 2 mois avant que le PDDRC soit mis en marche. Cependant, faute des moyens suffisants et une insuffisance de stratégie opérationnelle, malgré aussi le désir de le faire, ce programme peine à convaincre et pour preuve, les membres de la task force ont été pris en otage en Ituri, une province pourtant sous état de siège.

Il y a également l’insuffisance des moyens alloués aux opérations. En effet, les militaires déployés au front connaissent souvent des ruptures des stocks de rations alimentaires ainsi que le détournement de leurs soldes par leurs supérieurs. A OICHA ainsi qu’en chefferie de WATALINGA par exemple, deux militaires de rang ont ouvert le feu sur leurs commandants respectifs pour avoir détourné leurs soldes. Par ricochet, les militaires déployés sur terrain survivent grâce aux taxes illicites perçues au passage d’un engin roulant. Un motard a été même tué à une barrière militaire à VISIKI pour n’avoir pas payé un 500 Fc à une barrière illicite tenue par des militaires dans le groupement BASWAGHA MADIWE en territoire de Beni. Le rapport Yotama parle aussi de l’insuffisance d’effectifs militaires. En effet, les militaires déployés au Nord Kivu et en Ituri ne sont pas à mesure d’être dans toutes les agglomérations vues l’étendue de cette région. Certains bataillons qui devraient compter entre 300 et 1200 soldats comptent actuellement moins de 150 hommes. Certaines compagnies équivalent désormais à des pelletons avec seulement 20 à 30 hommes et d’autres déclarés décédés sur la ligne de front. Ainsi, un vide sécuritaire crée l’absence des positions militaires dans plusieurs agglomérations du territoire d’Irumu par exemple et favorise les incursions ennemies. En plus, certains commandants utilisent leurs troupes dans la sécurisation des exploitations minières chinoises en Ituri, par conséquent, les militaires ne sont pas ainsi déployés sur tous les fronts et laissent certains couloirs à l’ennemi à la merci des habitants qui ont désormais abandonnés certaines agglomérations. La crise de confiance est aussi l’une des raisons de l’échec de ce régime exceptionnel. Face à une guerre asymétrique, l’armée devrait plus instaurer un climat de confiance avec les autochtones. Il y a aussi l’absence de la MONUSCO sur le champ opérationnel et pourtant partenaire clé des FARDC. En effet, les troupes de la MONUSCO disposant  d’une brigade d’intervention sont encore moins visibles sur terrain aux cotés des FARDC et cela en dépit de la forte logistique à sa disposition. Enfin, le rapport Yotama note la négligence des évaluations mis parcours. Depuis l’instauration de la mesure de l’état de siège, une seule évaluation a eu lieu, cela malgré les statistique galopant des victimes et l’intensification des massacres au point de vue géographique. Quant bien même l’évaluation a eu lieu, aujourd’hui depuis bientôt 5 mois, les décisions prises lors de cette évaluation restent encore lettre morte.

Ivan Eliel KANIKI-Kinshasa

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